« Tu préfères la France ou la Côte d’Ivoire? »

C’est une question que je me suis vue posée le plus souvent entre l’âge de 5 et 10 ans. Je me rappelle encore de ce sentiment d’incompréhension qui m’encombrait l’esprit, ce questionnement face aux grands yeux ronds pressants d’une petite fille qui me formulait, ce que j’ai ressenti comme une injection, de me positionner quant à mon identité. Armée d’un grand sourire, je lui ai répondu : « C’est comme si tu me demandais de choisir entre mon père et ma mère… c’est impossible, je les aimes d’un amour profond et égal tous les deux. » Non sans cacher une grande fierté, je l’avoue.

Tu es noir ici, mais pas assez, tu es blanche là-bas, mais pas vraiment…  Jusqu’à ma vingtaine, je ne m’étais pas rendue compte que cette dichotomie entre mes deux origines me poserait parfois de graves problèmes identitaires. Et l’impression de ne pas maîtriser totalement mon environnement. Pour ce qui est de la culture ivoirienne, par exemple, dans le pays même où j’ai grandis, il m’arrivait de ne pas bien maîtriser certaines danses, hors à Abidjan, la danse fait partie de notre patrimoine, si tu ne sais pas danser le logobi, séka séka, prudencia, mapouka ou tout autres danses, tant on en a. Si tu ne sais pas jongler d’une danse à une autre comme un pro, tu es « ennui », très « ennui », c’est-à-dire que tu peux ne pas être considéré comme un vrai ivoirien même. C’est ce que j’ai parfois pu ressentir à travers l’exercice de la danse, que j’adore.

Enfin, quand je suis arrivée en France, même après être venue à peu près toutes les grandes vacances, jusqu’à mes 18 ans. Et ayant grandi avec les CD de Balavoine, Georges Brassens, Maxime Le Forestier, etc, en me rendant à l’école tous les matins, accompagnée de mon papa au Lycée Français d’Abidjan. Une fois devenue fraîchement parisienne au quotidien, je ne maîtrisais pas du tout l’univers de pensées, les références, et donc le langage, pour communiquer avec les autres, ça été très compliqué pendant 2 ans. Cela m’a totalement isolée du reste du monde. Ajouté au fait qu’il fallait se débrouiller seule, sans parents, pour toutes les tâches du quotidien, sans aides, ce fut un chamboulement assez marquant.

C’était comme opposer individualisme, et société communautaire, plus convivial, opposer le tutoiement au vouvoiement. Les règles, comme arriver à l’heure ; jusqu’à il y a 3 ans, je ne comprenais pourquoi arriver 10 ou 15 minutes en retard me valait tant de jugements et d’ignorance par la suite dans mes relations. J’ai vite compris ne vous inquiétez pas. ahah Hors, arriver en retard en Côte d’Ivoire est presqu’une coutume.

A Abidjan, quand tu t’exprimes bien, on dit que tu « chôcô » en gros que tu te la pètes, que tu joues la Madame je-sais-tout. Et quand tu parles avec un petit accent ivoirien à Paris, on s’étonne, ou on dit que tu te forces, parce qu’il revient parfois sans le vouloir, ou on te demande de le re-faire « juste pour voir ». Je me suis déjà entendue dire que je « caricatures », hors c’est mon véritable accent ivoirien, qui ressort parfois. Dans tous les cas, une belle élocution et une expression orale impeccable est de rigueur à Paris, ce qui est le cas aussi à Abidjan, mais uniquement à l’école, c’est très stricte, dans la vie de tous les jours, parler trop correctement « c’est se prendre un peu trop au sérieux ».

Bref, un nombre incalculable de petites anecdotes, parfois troublantes, qui ont tout de même façonnées ma personnalité. Et me donne assez de recul sur mon environnement, ainsi qu’une plus grande compréhension du monde, soutenue par une forte tolérance. J’estime que toutes les opinions se valent, qu’elles soient bonnes ou mauvaises, car elles sont le résultat d’une éducation, d’un environnement familial et culturel, et que cette diversité garantit l’universalité de la pensée, et de l’humanité.

Le wax c’est de l’art

Minikan

Merci de m’avoir lue !