Le wax : cet art ancestrale dessiné par l’ethnie qui l’adopte


« Véritable arme de revendication de la culture africaine ou simple tendance business? »  

Las de voir le débat s’agiter sur la toile, il y a une goûte d’eau qui a fait déborder le vase. Un beau matin, je me réveille, prête à scroller les stories des gens que j’aime suivre et que je SUIS de mon plein gré sur Instagram. Je tombe sur un commentaire, avec comme une impression de déjà vu :  « J’ai rien contre le wax einh, mais vraiment c’est chiant les gens qui pensent qu’ils sont plus africains que les autres parce qu’ils portent ce tissu pourtant PAS africain (voir les origines du wax) ».

Sans nous en dire plus, cet internaute affirmait en avoir marre que les gens se sentent plus africains que sa propre personne. Cet argument semble déjà bien mince.

Comment peut-on affirmer que quelqu’un se sent plus appartenir à une culture, simplement à sa façon de s’habiller? Si je suis cette logique, j’arrive à cette conclusion : je mets des Gucci, donc je suis plus italienne qu’un italien. Je mets des Nike, je suis plus américaine qu’un américain. 

Pour la partie historique et véridique, on retrace l’implantation du batik par les colons Hollandais en Afrique de l’Ouest, pendant la colonisation. On retrouve donc bien une partie des origines du batik en Indonésie. Ce type de batik a été implanté en Afrique dans les années 1700, suite à la guerre des hollandais menée contre les javanais. A leur retour sur les terres du Ghana colonisé, ils ramenèrent avec eux des trésors dans leur malle, les fameux tissus batik. Ceux-ci, teint avec la technique d’impression de textile à l’aide de la cire chaude, n’a donc pas été approprié ni par les maliens, ni par les ghanéens. Mais transférer d’un pays à un autre, par les collons blancs, hollandais, qui y voyaient encore une fois une opportunité économique. Et ils ont tapés dans le mil. Comme en Indonésie, où à cette époque, le batik a connue sa plus grande période de croissance, l’Afrique de l’Ouest a participé à l’essor du développement de cet imprimé dans la région, sous sa forme actuelle. 

« Le batik, les archéologues ont découvert les origines de cet art traditionnel en Egypte, au Moyen-Orient, en Amérique du Sud, et chez d’autres civilisations. » 

A lire : Le batik, Petite histoire d’un tissu toujours unique https://www.clubtissus.com/blog/le-batik-petite-histoire-dun-tissu-toujours-unique/

Batik, est le mot qui contracte amba (écrire) et titik (point, goutte). Cette technique consiste à masquer les parties du dessin qu’on ne veut pas colorier avant d’immerger le tissu dans la teinture. Le masquage se fait avec des substances imperméables comme la résine, l’amidon et surtout la cire.

Cette façon de teindre est très ancienne, chaque pays a développé au fil des siècles ses propres techniques, la seule limite étant l’imagination, chaque région du globe a développé son propre style, avec ses matériaux. Cela permet à chacun de développer des tissus aussi beaux que variés. Les principales matières utilisées étant le coton et la soie.

Les chercheurs ont retrouvés des momies égyptiennes, avant la naissance de Jésus Christ, qui utilisaient cette technique de teinture à base de plantes et d’encres naturelles.  

Cette technique de teinture a aussi été retrouvée en Chine sous la dynastie T’ang, en Inde et au Japon pendant la période Nara. En Afrique aussi on faisait des batik : surtout au Nigéria, chez les Yoruba, et au Sénégal, chez les Soninkés et les Wolofs.

Après cette petite contextualisation de rigueur, je ne vais pas refaire l’attirail des significations du wax correspondant au langage symbolique de l’Afrique telle que « l’oeil de ma rivale » ou « si tu sors je sors », tissus que j’adore travailler puisqu’ils ont accompagnés toute mon enfance et font partie de mes références.

Je tiens à rajouter que ce tissu est tout simplement BEAU. Rien que pour ça, peu importe la culture, on aime le porter. Il a toujours été utilisé dans les grandes familles que ce soit en Afrique ou en Asie, posséder ce tissu est plus que posséder de l’or. Dans le passé, il a permis de revendiquer un statut social. Encore aujourd’hui, même s’il s’est considérablement démocratisée, notamment par la faute des contre-façons, mais c’est un autre débat.

Et pour ceux qui aiment les pièces de qualité, réalisées à la main, pour ces personnes qui fonctionnent au coup de coeur, et pour les fervents défenseurs de la cause Panafricaine, ce sont des pièces uniques, incroyables et fièrement arborées. Réalisées avec l’imagination d’un créateur, et avec un tissu toujours unique. Rares sont les créateurs à pouvoir réaliser des pièces à coup de grosses productions telles que Nanawax, Les Dpipertwins, Ofuure, Midget Giraffe, que sont ces quelques leaders du marché.

Le wax et la création africaine

En ce qui me concerne, si ça vous intéresse vous pouvez toujours lire l’article que les blogueuses de Golden Connexion ont écrit au sujet de ma ligne de vêtements et dans lequel j’explique bien pourquoi j’ai choisi le wax pour mes créations ici.

J’ai aussi réalisée une interview avec le blog A Lady Project juste ici.

Pour en revenir à cet internaute fâchée que les autres se pensent plus africains que lui/elle, je n’ai alors pu m’empêcher de lui répondre en message privé et il/elle se questionnait sur ce fait : « On parle beaucoup d’appropriation culturelle, Bo derek et ses tresses africaines, Stella Mc Cartney avec ses hors de prix en wax et plus récemment Hermes avec ses carrés aux motifs Grasfields du Cameroun, mais l’Afrique ne s’est-telle pas à son tour appropriée le wax indonésien? »

Je l’ai dit et je le répète, bien que les chercheurs ne s’accordent pas définitivement sur l’origine du wax, cette technique d’impression sur textile n’est pas purement indonésienne. C’est une technique ancestrale qui s’est modifiée au fil des siècles et des inventions, et se retrouve dans de nombreuses régions du globe. A chaque communauté correspond un style de motifs/d’imprimés qui s’appuie sur une histoire collective et un univers de pensées unique. 

Le wax désigne la technique d’impression utilisée pour travailler le textile

On parle donc d’une technique de travail. C’est comme si on disait que le reste du monde s’était approprié les méthodes de travail de Ford ou l’invention du feu. Ce sont des inventions qui ont révolutionnées la vie de tous les êtres humains et représente un progrès nécessaire à l’intérêt général ainsi qu’à l’enrichissement d’une culture, c’est un support.

Cette question d’appropriation culturelle est à mon sens assez restreinte… Le wax africain n’est donc pas le batik indonésien. Et le batik indonésien n’est pas le wax africain. Point. Ces cultures (et ce ne sont pas les seuls) utilisent la même technique de teinture qui est ancestrale mais n’impriment pas les mêmes motifs, qui ne correspondent en aucun cas aux mêmes symboliques, et n’utilisent pas les mêmes matériaux, ce qui leur confère une origine soit africaine, soit indonésienne, soit égyptienne pour le cas des momies teintes avant la naissance même de Jésus Christ. 



Le wax est une véritable arme de revendication de la culture africaine

D’après maman, c’est l’or blanc. Il fut un temps où elle en a vendue dans sa petite boutique de pagnes, parvenue à mettre assez d’argent de côté, elle était fière de pouvoir sélectionner ses pagnes hollandais de haute qualité. Elle portait merveilleusement ce pagne. Je l’ai toujours admirée pour ça, elle savait comment le faire coudre, quel modèle allait plaire, a elle-même observée ma grand-mère choisir ses modèles et son imprimé qui convenait parfaitement pour une veillée ou un mariage ; rien à voir dans ces deux circonstances différentes. C’est tout un système de pensées et de valeurs que remettent en cause les personnes qui, sortis de nulle part, s’octroient le droit de dire que le wax n’est pas africain. Il l’est.

POUR CE QUI EST DU BUSINESS INTERNATIONAL DES GRANDES MARQUES, TEL QUE STELLA MCCARTNEY QUI EST AMÉRICAINE. ELLES ONT UN BUDGET COLOSSAL ET OCCUPENT UNE PLACE PRÉPONDÉRANTE DANS LE DOMAINE PUBLIC, ELLES CONAISSENT LE BÉNÉFICE QU’ELLE PEUVENT EN TIRER. ET SURFENT TRANQUILLEMENT SUR LA VIBE. C’EST PEUT-ÊTRE À CE NIVEAU LÀ QU’ON PEUT PARLER D’APPROPRIATION CULTURELLE, CAR IL Y A UN VRAI ENJEU ÉCONOMIQUE DÉRRIÈRE. MAIS SI ON ME DIT QU’ON A TROUVÉ LES MÊMES TECHNIQUES ANCESTRALES CHEZ LES BRETONS, QUI ÉTAIT LA POPULATION INDIGÈNE DE LA GRANDE BRETAGNE, ALORS JE COMPRENDRAI MIEUX LEUR DEMARCHE.

Mais quand un africain, né en Afrique ou de parents africain, décide de créer ses pièces pour rendre hommage à son continent qui n’est pas assez valoriser à ses yeux. C’est une revendication politique. Non seulement cela lui permettra de vivre pour une cause noble, qu’il a choisit, mais aussi pour faire revenir l’argent vers son peuple, pour travailler avec son peuple, pour pouvoir rentrer au pays, ouvrir une boutique de pagnes dans son pays, ou faire travailler des couturiers dans son pays, que sais-je, arretons de penser ou de parler à la place des gens, en l’occurence des créateurs. 

Les créateurs de vêtements sont des personnes qui aiment travailler de leur mains, qui aiment s’exprimer à travers leur créations, qui est un langage propre, et leur principal moyen d’expression, donc comment peut-t-on parler à la place de quelqu’un qui a choisit de travailler de ses mains? Elles sont toutes uniques, vous ne verrez pas une pièce ressembler à une autre. Ce sont toutes des histoires de famille, de pays, qui se cachent derrière ces créateurs. Arretons. Soutenons nous africains. Ne nous tuons pas nous même.

L’artcile de Moulaye co-fondateur d’Afrirkea est remarquable à ce sujet. « Pourquoi le wax est BIEN un tissu africain? » et vous pouvez le lire juste ici


Remercions toute cette jeunesse, nouvelle, qui, souvent, est née et a grandit en Afrique, ou de parents nés et ayant grandit, et qui participent à l’effervescence et à la tendance. La Tendance c’est justement cette jeunesse qui l’a créé, millenials, issus de la diaspora, qui a un outil révolutionnaire à sa disposition, jamais connue avant ce siècle : la technologie. Les outils digitaux nous sont offerts pour exprimer notre voie et notre vision et les réseaux sociaux nous permettent de communiquer au de-làs des frontières… C’est normal que nous voulions arborer ce que nous connaissons, ce qui nous définit et avons de plus chère, notre art, notre culture, que ce soit par la musique (mapouka, afrotrap, afrobeat, et j’en passe et des meilleurs) le cinéma (Netflix, AfroStream), la mode… 

Célébrons la chance que nos parents n’ont pas eu de pouvoir s’exprimer et donner de la lumière à notre continent et à ses attributs. Avançons ensemble. Soyons heureux des particularités et des nuances que chacun peut y apporter.


Le wax est un art

Minikan

Merci de m’avoir lue !

👋